jeudi 6 décembre 2007

Pétition : Appel pour une autre réforme du service public d’enseignement supérieur et de recherche

Publication écrite par le Collectif Sauvons la Recherche

le 3 décembre 2007
13303 personnes ont signé ce texte
"L’enseignement et la connaissance sont importants parce qu’ils définissent ce qui, à travers les siècles, a fait de nous des humains, et non parce qu’ils peuvent améliorer notre compétitivité mondiale", ainsi s’exprimait récemment D. Faust, présidente de l’université de Harvard. Comme l’université française a assumé depuis vingt ans un quasi-doublement des effectifs étudiants sans moyens suffisants pour accompagner cette évolution, elle se trouve aujourd’hui en grande difficulté pour remplir les missions de production et de transmission des connaissances qu’implique une telle vision. Pour améliorer cette situation, de nombreuses propositions ont été formulées par la communauté scientifique. Mais le gouvernement les a ignorées et a tiré argument des difficultés réelles de l’université pour transformer complètement, brutalement et sans réelle concertation, l’ensemble du dispositif national de recherche et d’enseignement supérieur, afin que celui-ci puisse être géré comme une entreprise, afin qu’un objectif majeur de l’enseignement supérieur soit la professionalisation immédiate, et que la recherche soit avant tout finalisée et à court terme.

L’urgence aurait dû être d’investir massivement dans les universités, y compris en moyens humains. Mais l’urgence pour le gouvernement a été la mise en place de la LRU (Loi libertés et responsabilités des universités), c’est-à-dire un cadre (l’autonomie des universités) qui lui permette d’accélérer un désengagement financier, tout en masquant cette démarche par des effets d’annonce. Cette autonomie verra un fort accroissement des pouvoirs attribués aux présidents d’université, qui auront en particulier la haute main sur les processus de recrutement de personnel, au mépris de la norme internationale, qui recommande un recrutement par des pairs compétents.

L’autonomie scientifique des universités ne sera qu’une façade dans une construction dirigiste et centralisée entièrement contrôlée par l’ANR (Agence Nationale de la Recherche), imposant une recherche sur projets à court terme, sans prise de risque, sur les axes détaillés établis par le ministère, avec un nombre croissant de personnels précaires. Ce dispositif de contrôle du champ scientifique par le politique est complété par l’AERES, agence d’évaluation entièrement constituée de personnalités nommées.

Les phénomènes de concentration de pouvoirs sans contre-pouvoirs seront aggravés par la disparition programmée des EPST en tant qu’organismes de recherche ayant une politique scientifique autonome, en particulier le CNRS, principal vecteur d’une recherche non finalisée sur le long terme privilégiant la pluridisciplinarité et la prise de risque. Les UMR (Unités Mixtes de Recherche, dépendant d’une université et d’un organisme de recherche), représentent l’endroit où peut s’articuler une vision nationale et internationale assurée par les organismes de recherche, et la dimension locale qui relève de l’université de tutelle. Cette articulation permet de coordonner l’effort de recherche dans chaque champ disciplinaire et dans le contexte international. La commission d’Aubert prépare aujourd’hui la suppression de fait de cette double tutelle, et s’apprête ainsi à casser un système qui a fait la preuve de ses vertus structurantes.

Face à ces mesures qui nous paraissent inadaptées et dangereuses, nous demandons :
- Pour les acteurs de la recherche et de l’enseignement, une véritable autonomie scientifique et pédagogique par rapport au politique (qui n’implique aucunement un désintérêt pour les demandes de la société). Contrairement à ce que la référence à l’autonomie des universités veut laisser croire, cette autonomie-là leur est refusée.

- Un renforcement du partenariat entre universités et organismes de recherche, en maintenant le principe d’une double tutelle (locale et nationale) sur les unités mixtes de recherche.

- Une répartition complètement modifiée des affectations de moyens pour l’enseignement supérieur et la recherche prévues dans le budget 2008. Il faut diminuer les crédits affectés à l’ANR et au Crédit Impôt Recherche, pour augmenter ceux versés aux laboratoires par le biais des établissements (universités et organismes de recherche).

- L’octroi aux universités d’un financement par étudiant équivalent à celui des classes préparatoires, des BTS et des écoles professionnelles. Un tel soutien public est la condition indispensable pour pouvoir renouer avec l’ambition de démocratisation scolaire et pour que le financement privé ne conduise pas à un contrôle des activités d’enseignement supérieur et de recherche par le privé.

- Un plan pluriannuel de création d’emplois (chercheurs, enseignants-chercheurs, ingénieurs, techniciens, administratifs) afin de pouvoir renforcer l’encadrement pédagogique en premier cycle, sans recourir à des heures supplémentaires : il importe d’augmenter le temps que les enseignants-chercheurs peuvent consacrer à la recherche, pas de le diminuer ! La moitié de l’augmentation du Crédit Impôt Recherche suffirait pour mettre ce plan en place.

Nous demandons que les principes défendus ici soient pris en compte, et se traduisent dans les faits par un changement net de la politique menée actuellement. Nous demandons que soient clairement explicitées les perspectives d’évolution de notre système, et que toute nouvelle décision engageant son avenir soit précédée d’une concertation avec les instances véritablement représentatives des personnels. Dès à présent, nous nous attacherons à animer le débat sur ces questions auprès de nos collègues et concitoyens. Prochainement, un bilan sera fait de la prise en compte de ces demandes, notamment par la commission d’Aubert, et à travers les budgets affectés aux universités et aux organismes de recherche. Si ce bilan ne fait pas apparaître les garanties indispensables et que se confirment les menaces sur l’avenir des organismes de recherche, nous mettrons en oeuvre d’autres moyens d’action pour stopper cette évolution.

Cliquez sur le titre pour aller signer cette pétition

mardi 4 décembre 2007

Appel du Comité de mobilisation IUT Renaudel, le 3 décembre 2007 dans le cadre du mouvement de contestation de la Loi LRU

Etudiants, enseignants, IATOS, citoyennes et citoyens,
Quel conception avez-vous de l’Université ? Quel conception avez-vous de l’Education ? Quel conception avez-vous de la Société ?
Jeudi 29 Novembre au soir, Nicolas Sarkozy nous a montré son modèle de Société. Un modèle où l’entreprise est reine, elle est le guide. L’Etat-Entreprise aurait à la tête un « chef » investit d’une soi-disant mission, redonner de la croissance économique à la France et tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes possible. Ce chef doit faire face aussi à des problèmes dans son navire, les banlieues sont un problème, le pouvoir d’achat est un problème, l’Université est un problème, nous sommes un problème. Quelles solutions nous propose t’il ? Ignorance et mépris, non ? C’est vrai, il choisit de piocher dans l’enveloppe budgétaire « EDF » quelques milliards, privatisant de cette façon encore plus ce service, afin de les déverser dans la recherche et l’enseignement supérieur. Mais le calme ne se résout pas par une manigance de gestionnaire. Non le calme se gagne d’abord en se posant les bonnes questions, et Mr Sarkozy devrait d’abord se demander pourquoi nous lui posons des problèmes.
Parce que nous refusons que cette conception « capitaliste » de l’Etat soit appliquée à l’Université, parce que nous refusons que l’Education soit associée à des mots comme Rentabilité, Individualisme, Compétitivité et Concurrence.
La loi Pécresse c’est institutionnaliser les inégalités entre les facs, c’est la création d’une université à deux vitesses et la crainte de l’agrandissement d’une fracture sociale entre ceux qui ont l’argent et ceux qui ne l’ont pas.
La loi Pécresse c’est permettre à des entreprises de s’introduire dans les politiques universitaires via un lobbying certain et un « management » des locaux et des personnels selon la seule logique de rentabilité.
La loi Pécresse c’est aussi une présidentialisation de la gouvernance, une hausse des frais d’inscription admise, la casse du statut d’enseignant-chercheur, une précarisation des emplois universitaire et la fin de l’égalité des chances d’accès au supérieur via une pré-sélection dans les lycées.
Cet avenir là, nous, citoyens, étudiants mobilisés depuis 3 semaines, nous n’en voulons pas.

Nous réaffirmons la nécessité du droit à l’éducation pour tous non contraint par le capital financier.
Nous demandons l’égalité des chances d’accès aux études, une augmentation des aides sociales notamment concernant le logement et la création d’un véritable statut pour les stagiaires.
Nous demandons le titularisation des personnels contractuels précaires, le maintien du statut d’enseignant chercheur et l’affirmation d’un vrai service public de l’Education.
Nous réclamons une société plus juste et égalitaire pour que dans 10 ans Liberté, Egalité et Fraternité aient encore un sens.

Si comme nous, vous êtes contre la loi, il est toujours temps de se mobiliser.
Si comme nous, vous ne voulez pas que l’Education rime demain avec Rentabilité et Profit, criez le haut et fort dans toutes les manifestations de France.
Si comme nous, vous voyez les dérives d’un système où le Marché Financier guiderait nos pas, MOBILISEZ VOUS, MAINTENANT !


Si vous voulez télécharger ce texte ou le lire sous Word, cliquez sure le titre

lundi 26 novembre 2007

Université, le grand soir

Pour plus d'information sur la loi sur les Libertés et Responsabilités des Universités, il est nécessaire de regarder ce film réalisé par "l'autre campagne" et l'organisme Sauvons la Recherche.
Université, le grand soir
Pour soutenir cette initiative et les futurs opus de la série "Réfutations" vous pouvez acheter le DVD 12 € (frais de port inclus) paiement en ligne www.lautrecampagne.org ou par chèque à l’ordre de L’Autre association, 3, rue des Petites Ecuries, F-75010 Paris.

Avec par ordre d’apparition :
- Christian de Montlibert, sociologue, professeur émérite à l’Université Marc Bloch de Strasbourg (CRESS), directeur de publication de la revue Regards sociologiques et président de l’Association des amis d’Abdelmalek Sayad. Auteur de Savoir à vendre : l’enseignement supérieur et la recherche en danger (Raisons d’agir, 2005);
- Anaïs de Courson, comédienne;
- Christophe Charle, historien, professeur à l'Université de Paris I (Panthéon-Sorbonne) et à l'Institut d'étude politiques de Paris, membre de l'Institut universitaire de France, directeur de l'Institut d'histoire moderne et contemporaine (IHMC-CNRS-ENS) et président l'Association de réflexion sur les enseignements supérieurs et la recherche (ARESER);
- Jacqueline Heinen, sociologue, professeure à l'Université de Versailles, présidente du Conseil d'administration de la CP-CNU (Conférence permanente du Conseil national des universités), membre du laboratoire Printemps (CNRS) et co-directrice de la revue Cahiers du Genre;
- Eric Herbert, physicien, post-doc au Laboratoire ondes et acoustiques (LOA-ESPCI) à l'Université Denis Diderot - Paris VII;
- Sophie Pochic, sociologue, chargée de recherche au CNRS, Centre Maurice Halbwachs (EHESS-ENS) et membre du Conseil d'administration de Sauvons la recherche Paris;
- Daniel Steinmetz, chimiste, ingénieur de recherche au Laboratoire de Génie Chimique de Toulouse, élu au Syndicat national des travailleurs de la recherche scientifique (SNTRS-CGT) et au Conseil d'administration du CNRS;
- Bernard Convert, sociologue, chargé de recherche au CNRS au Centre lillois d'études et de recherches sociologiques et économiques (CLERSE) à l'Université de Lille I. Auteur de Les impasses de la démocratisation scolaire : Sur une prétendue crise des vocations scientifiques (Raisons d’agir, 2006);
- Hélène Combes, politiste, chargée de recherche au CNRS (CRPS) à l'Université Paris I (Panthéon-Sorbonne) et membre Sauvons la recherche Paris;
- René Bagorski, conseiller confédéral CGT chargé des activités de la formation initiale et continue;
- Frédéric Neyrat, sociologue, maître de conférences à l'Université de Limoge (GRESOC) et membre de l'ARESER. Co-auteur de Universitas Calamitatum, Le livre noir des réformes universitaires (Editions du Croquant, 2003) et Pour l’éducation permanente (Syllepse, 2005)."

jeudi 15 novembre 2007

Eastern Promises

« Les Promesses de l’ombre » de David Cronenberg, avec Viggo Mortensen, Vincent Cassel, Naomi Watts…, vu à l’Utopia bordelais le 13 Novembre 2007 à 18h30.

Mafieux à souhait, ces affranchis percutent et dérangent. Cronenberg poursuit sa réflexion sur la violence en installant sa caméra où sa présence oppresse. La mafia russe implantée à Londres, ses pontes sont traqués, tout les sens sont en éveil, la violence peut surgir à tout moment, elle apparaît chez « les gens ordinaires ». Une fille meurt, un enfant né.

Peu de lieus, peu d’acteurs, on est au plus prés des personnages, à fleur de peau, ils respirent la tension, la dureté, un peu d’humanité semble vouloir jaillir. La violence est brute, réaliste, sans tabous. Le film happe, nous emporte dans le vice humain, déroulant magistralement les évènements, non sans rappeler les films scorsesiens.

Mortensen est minéral, impassible, troublant de réalisme, sa voix est calme, profonde et graniteuse. Métamorphosé dans ce personnage de chauffeur expéditif, il tient un grand rôle qu’il joue avec beaucoup de modestie. Naomi Watts vient ébranler ce roc. Sensible, humaine, ce grain de sable fait trembler la mafia. Dépassée par cette puissance terrifiante, elle compose tout en finesse un rôle de femme courageuse, motivée par la survie de l’enfant, elle voie en lui son avenir et la vie, mais représente un danger pour ces hommes « d’un autre monde ». Autre bonne composition, Vincent Cassel qui démontre une fois de plus son talent d’acteur. Ecorché vif, fils du « parrain », fou et ivrogne, il est imprévisible et surprend jusqu’au bout.

N’évitant pas les longueurs du film mafieux, certains pourront nuancer sa réussite, mais il restera un grand film dénonçant une violence toujours fatale et trop présente. Réaliste, sans excès, elle oppresse d’autant plus, et ridiculise les films commerciaux d’action qui l’utilise comme divertissement. On ne ressort pas insensible et heureux comme après un happy end hollywoodien, on est marqué, on la déteste, on voudrait la fuir.

dimanche 11 novembre 2007

Loi Pécresse, Privatisation des Universités françaises

Il est important aujourd'hui de savoir que l'on a voté en catimini une loi remettant en cause tout le système universitaire français et sa conception de l'éducation. La Loi sur l'autonomie des Universités est un plagia des méthodes de financements des Universités anglo-saxones. Le financement privé est la principale source de richesse des structures, la compétition entre les Universités est la règle, l'inégalité s'installe entre ceux qui ont les moyens d'aller dans les bonnes université (les plus riches, les plus équipé, les plus modernes,...) et ceux qui n'ont pas les moyens. Pour eux les voies parallèles sont la seule ouverture (professionnelles, technologiques...), ils n'auront plus le choix de pouvoir attraper l'ascenseur social. Autrefois (hier...) un fils d'employé pouvait espérer atteindre les plus au sommet du savoir, justement par la "gratuité" des études, le but étant d'offrir pour tous des conditions d'accès égales en fonction de ce que l'étudiant désirait faire. Désormais le risque est de réduire l'éducation à la richesse financière de la famille. Cette loi est bien une privatisation de l'éducation. Peut on accepter que l'Ecole soit gérer comme une entreprise capitaliste ? Peut on accepter une éducation financière ? à moins que l'ascenseur social soit une utopie, dans ce cas l'Etat met au grand jour la réalité de l'éducation aujourd'hui, élitiste et reproductive.
Lien
Loi sur l'autonomie des université
Télécharger la loi en PDF
Tenetz vos fièr !

lundi 22 octobre 2007


« L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford » réalisé par Andrew Dominik, avec Brad Pitt, Casey Affleck, Sam Rockwell, Sam Shepard…
Vu à l’UGC Gambetta de Bordeaux le 18 octobre.
Chant du cygne du grand bandit de l’Ouest, Jesse James, ce film poétique et crépusculaire vient renforcer la mythification de ce « Robin des Bois » américain. L’histoire contée doucement au rythme d’une musique des plus tendres, dresse le portrait d’un homme charismatique qui fit trembler tout une province américaine. Mais toute la virtuosité de ce western ténébreux est d’en faire un poème contemplatif d’un duel. L’un est minéral et flamboyant, l’autre est couard et pitoyable tant sa folie restera naïve.
Ces deux rôle sont habilement interprétés par Brad Pitt et Casey Affleck. Pitt joue avec une intensité profonde, ses joues son creusées, le regard est dur, impénétrable, son corps semble froid mais puissant. Il donne à Jesse James ce caractère imprévisible et légendaire, proche de la folie qui le gagne au terme de sa vie. Il est question aussi de folie pour le personnage du méritant Casey Affleck, Robert Ford est obsédé par Jesse James, il l’adule et le déifie. Sauf que ce dernier va s’en amuser et jouer avec Ford. Casey Affleck miaule, sa voix dérange, il crée le personnage insupportable d’arrogance que le peuple rejettera, que l’histoire oubliera.
Ce western du 21e siècle s’inscrit dans le réalisme des films de Kevin Costner, magnifie les paysages enneigés américains, mais reste dans un environnement poisseux qui caractérisait l’époque. La photographie à ce côté brun des photographies du 19e siècle, cet environnement finalement assez sombre rappel « Impitoyable » d’Eastwood, qui déjà filmait le crépuscule de l’Ouest.
ce film donne au western un dimension poétique réjouissante et prometteuse.

lundi 24 septembre 2007

Délires jouissifs...


« Planete terreur », de Robert Robriguez, avec Rose McGowan, Freddy Rodriguez, Quentin Tarantino… vu au Cinéma Notre-Dame de Mussidan le 23 Septembre 2007.

Jubilatoire, ce deuxième Grindhouse est un régal cinématographique, un délire postmoderne, un OVNI décomplexé utilisant les codes hollywoodiens pour mieux les faire voler en éclats. Rodriguez signe une œuvre finie, construite et déjantée.
Maîtrisant parfaitement les codes du film d’horreur, il s’amuse à guider le spectateur sur cette voie, le suspense s’installe, la peur apparaît et une explosion d’abcès putrides viennent nous péter à la figure. La bande originale est également excellente, servie par un Rodriguez en grande forme, ce rock dynamise le film et rythme une chorégraphie saisissante d’unijambiste en manque d’action.
Les références aux films de genre affluent, tous le cinéma des années 70 est recyclé en un savoureux cocktail de chair et de charme. Les actrices sont magnifiques, Rose McGowan pétille avec son personnage, Go Go danseuse toute en formes corporelles, mais intellectuellement au-dessus du lot… cliché, mais cliché au second degré. Cela résume tous l’esprit de ce délire maîtrisé de bout en bout.
Un scénario ficelé et abouti, mais cette grosse dose de second degré donne une dimension de cinéma d’auteur au film. Certes « l’horreur » est présent, mais ce n’est pas l’objectif du film que de montrer une armée de zombie bouffant les tripes du premier infirmier trop bavard venu. C’est un hommage, autant qu’un tour de force cinématographique, à un cinéma « Grindhouse », de série B voire Z, plus ou moins caché ou disparu. Tarantino et Rodriguez ne s’interdisent rien, ils ont fait des films scénaristiquement construit et abouti, mais où les limites de la réalisation on été bousculés et transcendés afin de faire des films originaux qui font la différence.
La série B est présente pendant deux heures, la bande sale crépite, la bande-annonce du film « Machette » (séquence d’anthologie où Rodriguez continu son obsession pour la Machette) nanar d’un fou de la gachette, le trash, le sexe et finalement le délire nous amènent hors des sentiers pour questionner ces genres et nous inviter à les redécouvrir.
Comment ne pas penser à Duel en voyant le camion rouillé, tout en carcasse avec ses bruits de vaisseau spatial fatigué qui déboule sur la chaussée goudronnée. Un Bruce Willis qui fait le strict minimum, habitué à incarner les valeurs américaines de bon soldat qui défend la patrie, de justicier aussi, ici il est le « méchant », mais pourquoi ? sa troupe s’est fait infester par une arme biologique (en tuant Ben Laden en Afghanistan !), ils doivent donc se débrouiller seuls à contenir leur contamination (Ils se transforme en zombie pullulant), mais le virus s’est échappé… Comment ne pas y voire aussi une critique de la politique militaire américaine depuis le Vietnam… What else ?
Bonne toile !

The Bourne Ultimatum


"La Vengeance dans la peau", de Paul Greengrass avec Matt Damon, Julia Stiles, David Strathairm…, vu au cinéma la Fabrique de St Astier le 20 Septembre 2007.
Sans répit, cette dernière vendetta de l’agent Jason Bourne clôt en beauté une série qui a révolutionné les films d’actions et d’espionnages. On retrouve l’amnésique le plus habile de sa génération fuyant les polices suédoises dans le dernier épisode. Bientôt tous les ingrédients qui nous ont fait adorer ces films vont à nouveau déferler sur l’homme le plus recherché de la planète. Le rythme nous emporte, le suspense nous coupe le souffle, notamment le temps d’une course-poursuite sur les toits de Madrid. On sent presque les coups des combats, filmés au plus prés de l’action leur donnant un violent réalisme. Et bien sur on jubilera toujours devant l’anticipation et l’avance que Bourne acquiert par rapport à ses chasseurs.
Côté scénario, on pourra reprocher au film de réutiliser une méthode qui fonctionne à merveille. Bourne a toujours la CIA collée au basque avec à sa tête un chien encore plus teigneux. Encore une fois il doit se battre contre des tueurs surentraîné qui étaient ses frères d’armes dans son passé. Finalement ne seraient-ce pas eux sa plus grande menace ? Mais ne seraient-ce pas également lui (et ce qu’il était) qu’il combat à travers ces mercenaires ? Une chose est sur, on apprends qui est véritablement Bourne, pourquoi il a été formé et donc pourquoi il lui est arrivé toutes ces aventures. Mais au-delà de ça le film dénonce les dérives d’une démocratie notamment de la plus puissante d’entre elle, les Etats Unis. Car finalement la CIA est l’ennemi. Le film démontre ce que les systèmes démocratiques sont prêt à créer pour garantir « la liberté et la sécurité » de la population. Ces machines à tuer insensible et anonyme n’ont même plus de nom (nommé « Atout ») et obéissent à un ordre donné d’un téléphone portable, annihiler l’humain vous obtiendrez un homme impassible que rien n’arrête.
Mais comme nous restons tout de même dans un film américain, les bons vont triompher et les méchants disparaître. Cet académisme déçoit un peu en comparaison avec la modernité et l’originalité de ces films.
Côté interprétation, toujours un sans-faute du désormais parfait Matt Damon. Bourne jusqu’au bout des ongles, le film repose essentiellement sur la crédibilité, la sensibilité et l’humanité qu’il donne au personnage, sachant encaisser (et donner) les coups, rebondir et captiver le spectateur. Performance d’autant plus remarquable qu’il traverse tous ses films avec la même coupe de cheveux mais (Raisons d’Etat, Ocean Thirteen, La vengeance dans la peau) à chaque fois il est autre. Il porte la franchise Bourne et lui donne sa raison d’être. Mais il est bien secondé par des seconds rôles attachants, comme le personnage de Niki qui finalement se révèle être plus qu’un simple agent donneur d’ordre.
En prenant de la distance avec l’œuvre on comprendra que l’on vient d’assister à l’existence de Jason Bourne, un agent secret du XXIeme siècle qui aura eu l’audace de se poser des questions sur sa raison de vivre.

lundi 17 septembre 2007

Une journée roumaine semblait commencer


4 mois 3 semaines et 2 jours, de Cristian Mungiu. Palme d’Or du Festival de Cannes.
Vu au Cap Cinéma de Périgueux, le 14 Septembre à 18h.

« D’accord » ce mot qui ouvre le film après un long plan fixe, résonne comme le starter d’une course. Pourtant la sobriété de l’entrée en matière semblait nous rappeler que le cinéaste comptait prendre son temps pour développer un sujet tendu, l’avortement, dans un pays et une époque des plus difficile de l’histoire de la Roumanie.
Nous allons suivre une jeune étudiante roumaine amoureuse, Otilia, dont l’amie, Gabita, avec qui elle partage la chambre, a décidé d’avorter. La gravité de Gabita et son empressement dans les préparatifs donnent la dimension imminente de l’acte.
Cet avortement qui n’est pas cité au tout début, seulement compréhensible, va agir comme une sorte de fil rouge de la détresse présente dans la jeunesse roumaine.
Avant même d’assister à l’acte, le cinéaste va s’attarder adroitement à montrer cette société roumaine. La pression habite chaque image grâce à une interprétation intense de l’actrice qui joue Otilia. Ce pays traumatisé par la Guerre Froide cumul toutes les caractéristiques des peuples perdus et délaissés, qui peine à trouver une identité. Pression militaire, surveillance, rationnement, logement insalubre, renforcé par un sentiment d’absence de liberté tout au long du film.
Mungiu réussi à nous transmettre cette détresse via le seul personnage qu’il ne va pas quitter du film et par conséquent de la journée. Le style du cinéaste est très proche du documentaire, il maîtrise parfaitement l’alternance des séquences tournée en pleines rues, caméra à l’épaule suivant Otilia de façon discrète, au rythme de ses pas rapides ce qui brouille l’image, puis il enchaîne par de longs plans fixes qu’il semble affectionner. La caméra est immobile, elle contemple et laisse s’exprimer le personnage, le plus souvent ceux-ci ou celui-ci ne parle pas, mais l’intensité du jeu non-verbal suffit, Otilia peut rester silencieuse plusieurs minutes après l’intervention de l’infâme Monsieur Bebe, il n’y a pas de mots pour ce qu’elle vient de vivre. Mungiu ne semble pas prendre position, il dresse un constat, il montre. Cette technique donne au spectateur la quasi-obligation d’être actif face au film, quand la caméra ne bouge pas, que l’actrice est immobile et ne parle pas, il n’y a que lui qui peut donner du sens, son sens, à l’image, et réagir face à ce drame, sinon il dort. En cela le film demande un effort supplémentaire, qui renforce la tension déjà présente dans le film.
Passage impressionnant celui d’un dîner chez les beaux-parents d’Otilia, la caméra est immobile, vissé sur le bout de table, et la séquence dure plus de dix minutes, les paroles sont abondantes et agitées, les acteurs disparaissent, on assiste à un dîner roumain. Pourtant la séquence est oppressante pour Otilia d’une part qui semble planer au milieu du bruit et des coups psychologiques qu’elle a reçus. D’autre part pour le spectateur qui inhabitué à cette longueur de scène est pris à la gorge par l’intensité des dialogues, il ne demande qu’à s’échapper de la table, mais ce serait trop facile, le cinéaste nous laisse donc subir comme Otilia, la situation. Mungiu excelle également dans un autre domaine, la maîtrise de l’obscurité. Les deux passages dans une ville roumaine avalée par la nuit où l’on suis, au souffle, la course effréné d’Otilia pour son salut sont des sommets de tension, qui rappellent les jeu d’ombres et de lumières présents dans les derniers films de Clint Eastwood.
On sent la vulnérabilité de cette belle jeune fille qui continue fidèlement (serait-ce sa dernière raison d’exister ? ou le seul lien social encore valable dans le pays ?) à aider son amie en donnant tout ce qu’elle a et tout ce qu’elle est. Cette journée qu’elle va vivre va pourtant passer, l’abnégation semble triompher or ce film dresse le portrait de traumatismes ineffaçables d’une génération égarée.
Finalement la titre pourrait être le nom de l’enfant qui ne vivra jamais.
Bonne toile !

vendredi 7 septembre 2007

Tragédie chez les bourgeois !


La fille coupée en deux, de Claude Chabrol, avec Ludivine Sagnier, Benoît Magimel et François Berléand.
Vu au cinéma Notre-Dame de Mussidan (24), le 6 Septembre 2007

Observateur de notre société, Chabrol s’amuse à filmer les bourgeois, les nouveaux riches, et les gloires désabusées pour mieux disséquer les travers de notre société. Ces nouvelles élites qui cultivent le goût de l’élitisme à travers des cercles fermés ou étalent leur richesse aux yeux de la « populace » rappellent la période décadente qui précéda la chute de Rome.
Nous sommes les témoins d’un affrontement sentimental entre un écrivain « tendance » résident dans la campagne lyonnaise et le dandy héritier qui arpente les soirées branchées. L’objet du duel ? l’amour bien évidemment, le seul bien, encore non-solvable, pour lequel l’imprévu, la conquête et les défis viennent perturber et animer les routines rentières. Seulement au milieu c’est une femme qui va souffrir et qui va se chercher tout au long du film. Innocente, elle reçoit les coups sans rien dire et ne sera jamais épargnée. Jeune et joli, un divertissement pour l’un, l’Amour pour l’autre.
Scénario classique pourrait t-on s’empêcher d’écrire, c’est vrai, mais le réalisateur réussit à détourner le simple film romantico-bourgeois en observatoire d’un mode de vie décadent. On assiste à une critique en règle des comportements et habitudes des soi-disant membres de la classe supérieure. Les deux protagonistes dominant sont au début, intouchables et au fait de leur « pouvoir », mais peu à peu ils sombrent. Ils sont distingués et se distinguent notamment de la petite fleur qui va les emmener vers le bas. Fille du « peuple » c’est l’être désirable, celui de l’ailleurs et du dehors. Une petite cerise qui va étouffer la machine à élite.
Il ne faut pas oublier les acteurs, François Berléand n’a pas besoin de parler, sa présence, son attitude suffit à identifier cet écrivain désabusé et profiteur pour qui la vie n’est plus rien sinon un vaste jardin des plaisirs. Benoît Magimel est ce dandy, héritier et enfant gâté jusqu’au bout des ongles. Totalement habité par ce personnage à qui « l’on ne refuse rien », éperdument fou de celle qui lui a dit « non », il est le personnage tragique du film. Elle, « la fille coupée en deux » se retrouve au milieu de l’orage, elle subit et Ludivine Sagnier donne cette dimension fragile et quasi divine à son personnage. Blonde platine, c’est l’ange des deux rois, mais est-ce l’ange de l’amour ou de la mort ? Elle joue toute cette ambiguïté dans son personnage tourmenté, qui regarde sa vie sans vraiment maîtriser les événements qui vont décider du sort de ses deux aspirants. En apparence elle montre sa force et son intelligence mais ses actes sont dépassés par des forces supérieures qui courent inévitablement vers le duel prévisible.
Critique de la société, portrait d’une bourgeoisie décadente, ce film est une petite sonnette d’alarme pour tous les « dominants », qui se pense élite d’un monde. Et c’est le personnage joué par François Berléand qui au début du film annonce dans une interview qu’il décrit dans ses livres les décadences sociales de notre temps, le spectacle peut commencer Chabrol vient de nous annoncer la tragédie qui va suivre.
Bonne toile.

mercredi 11 juillet 2007

Macadam jazz, Périgueux (24) durant tout l'été


Assis à un bar, sirotant un jus de pommes bio,
le vent se lève et vient geler les quelques habitués,
sagements installés sur la terrasse improvisée.
La musique s'échappe du poste, l'alcool coule à flots
Silence, Lumières, la nuit tombe,
le micro crépite, une rumeur court
le coeur s'agite, le stylo glisse
les instruments se réveillent, les notes prennent vie
le Jazz sort du macadam
oublie le vent...